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La justice stoppe Nestlé
Le Tribunal de grande instance (TGI) de Marseille a donné raison aux salariés en lutte de l’usine de Saint-Menet

Nous publions ci-dessous un article paru dans L'Humanité du 29 juillet 2004 qui relate un premier succès sur le terrain judiciaire pour les salariés de l'usine Nestlé de St-Menet à Marseille (voir aussi la résolution de soutien du forum sur Nestlé tenu à Vevey le 12 juin). Cependant l'offensive globale de Nestlé pour augmenter sa rentabilité se poursuit sur d'autres fronts. En effet, selon la LaTribune, "le quotidien économique et financier" français du jeudi 29 juillet 2004, Nestlé Waters France (Perrier, Contrex, Vittel…) projette de regrouper ses deux sites dans l'Est de la France, Vittel et Contrex. La mesure conduirait à la suppression de 530 emplois sur les 2100 que comptent les deux sites. Selon un "plan de gestion prévisionnelle des emplois et compétences" signé par deux syndicats (CFDT et CGC) sur cinq, ce sont 1047 emplois qui seront supprimés à terme dans le secteur de l'eau en France. Le refus de ces perspectives s'est déjà exprimé par les grèves tournantes, notamment chez Perrier (Vergèze, sud de la France); il sera probablement porté sur le plan judiciaire, comme dans le cas de St-Menet. (30.07.04)

La CGT majoritaire s'est effectivement opposée à ce plan, et la direction de Nestlé Waters affirme y avoir dès lors "définitivement renoncé", et explorer d'autres pistes, en privilégiant celle de la vente de Perrier. Cette chantage a déjà été agité à de nombreuses reprises, sans entamer la détermination des salarié·e·s de Perrier.
Affaire à suivre et solidarité nécessaire (02.08.04).

Philippe Jérôme *

Soulagement et confiance. Tel est l’état d’esprit dans lequel se trouvent les salariés de l’usine Nestlé de Marseille, après l’ordonnance de référé prise lundi dernier par le tribunal de grande instance (TGI) qui peut se résumer à une suspension de toute procédure de cessation d’activité sur le site de Saint-Menet (Bouches-du-Rhône). Comme s’en réjouit le responsable CGT, Patrick Candela: "Le moral est revenu au beau fixe après cette décision de justice qui nous conforte." Le conflit, qui oppose, depuis le 12 mai dernier (date de l’annonce de la fermeture de l’usine de Marseille et de la liquidation de ses 427 emplois), le numéro un mondial de l’agroalimentaire aux syndicats, a pris cette semaine une tournure judiciaire inattendue pour la direction de Nestlé. D’abord à Marseille où le tribunal, à la demande principalement de la CGT, a examiné les raisons pour lesquelles Nestlé n’a pas pris en compte une offre de reprise du site de Saint-Menet par la société Legal. Ensuite à Meaux (Yvelines), hier après-midi, où le délégué central CGT Jean-Pierre Ribout était traîné devant la justice pour avoir demandé à sa direction de patienter pour convoquer le CCE jusqu’au jugement de Marseille (1). Mais comme il s’en est défendu, "ou bien le tribunal de Marseille confirmait la cessation d’activité et donnait raison à la direction et nous nous serions inclinés ensuite au comité central d’entreprise (CCE), ou bien il nous donnait raison et le CCE aurait, au moins, à examiner la cession de l’usine de Saint-Menet. Mais convoquer le CCE avant ce jugement, était vain."

Alors cessation ou cession ? Au final, dans ses attendus, le tribunal de Marseille relève une contradiction de taille dans la stratégie de Nestlé. D’une part, les dirigeants de la multinationale ont rencontré à trois reprises (dont une fois en présence du préfet de région) ceux de Legal pour conclure au "peu de sérieux" de leur offre de reprise de l’usine marseillaise. Mais d’autre part, ils ont cherché à s’opposer à cette reprise en estimant que le "pas sérieux" pourrait devenir un concurrent redoutable ! De plus, le tribunal a noté que tout avait été fait pour que ne se tienne pas une table ronde entre toutes les parties intéressées. En conséquence, les juges marseillais ordonnent à la direction de Nestlé de suspendre toute procédure de cessation d’activité et de fournir au CCE toutes les informations dont elle dispose concernant une reprise éventuelle par Legal. "En septembre, le CCE pourra donc y voir plus clair, il y aura aussi sur la table les 15 000 signatures de Marseillais pour le maintien de l’emploi", souligne Patrick Candela qui prépare déjà la journée "portes ouvertes aux élus" du 10 septembre.

D’ici là, les salariés en lutte vont s’organiser pour que le mois d’août se passe sans anicroche. Du 1er au 15 août, période de congés, ce sera avec une vigilance accrue que s’organiseront des permanences syndicales et des gardes de nuit. "Cela se fait par appel au bénévolat, à la fois pour veiller sur les stocks et pour préserver notre outil de travail", explique le militant communiste et syndicaliste Robert Caprini. Ensuite la production de café soluble et de chocolat en tablettes reprendra. Elle n’a d’ailleurs jamais véritablement cessé. "S’il faut un jour occuper l’usine nous le ferons mais nous voulons d’abord démontrer que c’est une hérésie de détruire, pour une délocalisation boursière, une usine aussi performante." Les actionnaires de Nestlé, parmi lesquels Mme Bettencourt, la première fortune française, entendront-ils raison ? La plupart des syndicalistes en doutent, mais ils vont tout de même tout entreprendre, avec le soutien du tout nouveau Groupement de défense de l’emploi industriel dans la vallée de l’Huveaune, pour que soit maintenue une activité agroalimentaire importante à Marseille.

1. Le jugement de Meaux a été mis en délibéré au 4 août.

* Correspondant régional de L'Humanité

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